• Céline KEMPF

Et si j'étais aussi doué(e) pour le bonheur ?


Il y a deux ans, je suis tombée sur un fabuleux Trésor de lecture qui a ouvert l'horizon de ma conscience et de la compréhension que je pouvais avoir de moi-même, il s'agit du livre de Monique de Kermadec, L'adulte surdoué à la conquête du bonheur.


La "douance", ce grand mot peut donner le vertige si on l'associe à la profondeur des abysses de la solitude, de l'hyperperception, de l'hypersensibilité, de l'incompréhension, de la grande difficulté à s'intégrer dans les groupes et les modèles sociétaux définis comme idéaux par une majorité...


Mais ne peut-il pas devenir trésor, s'il nous mène au questionnement, à la découverte de soi et à la compréhension nécessaire pour renouer avec soi-même ?

Quelle est cette différence riche de hauts potentiels dans laquelle je me reconnais ?
Comment et sur quels terrains se manifeste-t-elle ?
Au-delà de la solitude et de la souffrance, quoi d'autre est possible ?
Quels germes de la résilience portent ces hauts potentiels ?
Quelle richesse créative puis-je faire pousser sur ce terreau fertile ?


Je vous partage ici des extraits qui abordent l'angle des émotions et de la sortie de la souffrance.


"[...] la confrontation entre les études des psychologues et celles des neuroscientifiques a mis en évidence que les quatre émotions basiques qui président à nos humeurs sont toutes des émotions positives, indispensables à notre survie. Jusque-là, seule la joie était considérée comme une émotion positive. Or elles le sont toutes, chacune à leur manière :


  • la joie donne du sens à la vie ;

  • la colère permet de s'affirmer et d'exister face aux autres ;

  • la tristesse permet d'accepter les changements auxquels notre vie est soumise ;

  • la peur nous permet d'évaluer les risques et de nous protéger des dangers physiques.


Il s'agit, bien évidemment, d'une conception des émotions tout à fait nouvelle , qui n'a pas été prise en compte dans nos conditionnements. Ainsi, nous laissons la peur prendre la place de la colère dans la majorité des conflits d'autorité.

[...]

La tristesse se substitue elle aussi à la colère salvatrice - plutôt que le refus d'une situation objectivement inacceptable, elle manifeste l'acceptation de cette situation et le regret mélancolique d'en être la victime. La tristesse est la marque de la soumission consentie, en lieu et place de la résistance qu'appelle la colère, que les abus justifient.


Les hommes, par un mécanisme inverse, choisissent souvent la colère plutôt que la tristesse pour répondre à un changement inéluctable et naturel, dont ils ne peuvent pas trouver le responsable et contre lequel ils ne peuvent plus rien - disparition d'un être cher, entrée dans l'âge de la retraite. Or accepter ses changements et ces deuils en se laissant submerger par une tristesse légitime aide à les dépasser. Seule la tristesse permet d'entrer dans une nouvelle phase de sa vie, de déposer les armes et de renoncer à une révolte destructrice. La tristesse est le signe qu'on "fait sont deuil", selon l'expression consacrée.


Il va de soi que si chacun s'était construit sur une solide confiance en lui-même, s'il avait exprimé ses émotions comme il se doit, en donnant une juste réponse à l'entourage sur ce qu'il éprouve légitimement, avec son vrai self - joie face au bonheur, colère face à l'injustice, tristesse face au deuil et peur face au danger physique -, il serait tout à fait compris et respecté ; il gagnerait sa propre estime, il accepterait de prendre la pleine responsabilité des ses actes. C'est cette analyse à laquelle doit s'astreindre l'adulte surdoué pour se débarrasser de ses souffrances et de son sentiment d'échec. Sans définir ses émotions ni comprendre à quoi elles lui servent, il ne pourra pas avancer sur le chemin de la résilience, ni apprendre à réguler ses affects.


Après avoir compris le fondement de ses émotions, après les avoir clairement définies, l'adulte surdoué pourra amorcer le travail de prise de conscience de ses réactions émotionnelles. Pour ce faire, avec une minutieuse attention, et un effort de mise à distance, il faudra qu'il s'écoute et s'entende, mais aussi qu'il se regarde et se voie, pour apprendre à résister aux réflexes conditionnés dictés par le faux soi. Il faudra qu'il garde à l'esprit cette découverte des neurosciences : chaque fois qu'il résistera à des réponses-réflexes, qu'elles soient physiques, intellectuelles ou émotionnelles, il créera dans son cerveau un autre chemin synaptique qui installera un autre réflexe, un autre conditionnement, positif celui-là et consciemment construit. Tel est le chemin de liberté : choisir en toute conscience de soi ses réponses, et non suivre aveuglément les schémas dictés par son éducation. Les réponses et les sentiments sont alors en adéquation avec ce qu'on attend et ce qu'on ressent, avec la vérité de son expérience. C'est ainsi que les sources de la souffrance et des ressentiments s'éteindront, et que le surdoué acceptera d'assumer ses choix, plutôt que de chercher un bouc émissaire, de s'enfermer dans sa douleur ou de rejeter la responsabilité de ses erreurs sur les autres. En recouvrant la maîtrise de sa vie, en interdisant à quiconque d'en prendre le contrôle, l'adulte surdoué regagnera au premier chef l'estime de lui-même. Il gagnera un juste équilibre entre le besoin de s'affirmer et le besoin d'être approuvé."


Carte routière de sortie de sa souffrance


"[...] Loin de vouloir faire des généralités, surtout à l'égard de personnalités aussi singulières que les adultes surdoués, il est néanmoins possible d'établir un panorama de ces "faux pas", à garder en tête pour ne pas toujours sombrer dans les mêmes erreurs et les mêmes douleurs, ou plutôt une sorte de charte, comme autant de règles auxquelles s'astreindre :


  • En premier lieu, on l'a dit, s'accepter, et accepter sa différence. [...]


  • Renoncer à vouloir ressembler aux autres. Accepter sa différence, c'est comprendre que les codes de lecture et les méthodes de réussite qui satisfont M. Toulemonde sont inopérants avec soi-même. Dans le même esprit, il faut aussi renoncer à s'appliquer les recettes de bonheur plébiscitées par la majorité.


  • S'accepter implique qu'on renonce au recours du bouc émissaire et à la culpabilité masochiste. Ni l'autre ni soi-même ne sont jamais entièrement responsables d'une souffrance.


  • Considérer que si elle est source de souffrance et d'incompréhension, la douance est aussi une jouvence, une formidable source de possibles, de joie et de créativité. Il faut apprendre à ne l'aborder que par sa face solaire, la voir comme une élection, mais qui se gagne.


  • Dès lors, il faut résister à la tentation de ne plus faire aucun effort. La douance ne peut pas être un alibi pour ne plus tenter d'aller vers les autres, pour s'abstenir de s'ouvrir au monde et de prendre des risques affectifs et professionnels. [...]


  • Il faut prendre conscience que ni le constat ni l'acceptation de sa différence ne suffisent à rendre heureux, pas plus qu'ils n'aident à trouver sa place dans la société. Il faut développer une stratégie pour créer son espace personnel, inventer une nouvelle méthode de communication avec le monde.


  • Il faut donc être doublement attentif et apprendre à voir le monde avec des yeux neufs - les yeux de son vrai self. Il faut que l'adulte surdoué renverse les perspectives et se dise que ce sont les autres qui sont différents de lui. A partir de là, chercher à comprendre ce qui, chez lui, peut les troubler, les perturber ou les choquer et consacrer du temps à arrondir les angles.


  • Convaincu de sa douance, et résilient, l'adulte surdoué doit résister à la tentation de se mettre en compétition avec les autres, de les écraser pour venger des années de souffrance et de renoncement. Ni comparaison, ni compétition avec l'entourage n'apporteront le bonheur ou la sérénité, et encore moins un quelconque épanouissement.


  • L'adulte surdoué est un individu passionné et, par définition, impatient. Il est exigeant quant aux résultats. La résilience et la recherche de son style personnel demandant du temps. La maîtrise de sa vraie personnalité s'acquiert pas à pas. Il lui faut apprendre à juguler son impatience et ne pas sombrer dans le découragement - une tendance chez les surdoués - lorsque l'épreuve est longue.


  • Il faut mettre à plat les impératifs de réussite édictés par la société et s'interroger sur leur adéquation avec les siens : "ce que j'ai toujours voulu parce que tout le monde le veut, est-ce qui me convient vraiment ?" Établir une liste de ses manques, des besoins de son âme qu'on n'a toujours pas pu satisfaire.


  • Enfin, au terme de ce travail d'introspection, de démêlage des fils du vrai et du faux qui constituent le tricot de notre personnalité cher à Boris Cyrulnik, il reste à réfléchir et à définir ses attentes réelles..."


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